Modestie, humilité et loyer à payer: la galère du musicien professionnel

Tu as sûrement déjà entendu des phrases comme « 150€ HT + défraiement? Non mais tu te prends pour qui? » ou encore « ah désolé, je peux pas te payer ce soir, y’a pas eu assez de consos vendues »… On y a tous eu droit au moins une fois dans notre vie en tant que musiciens!

Si toi aussi tu en as marre de ce genre de phrase, alors ce qui va suivre peut t’intéresser.

Aujourd’hui, j’ai envie de te parler de trois choses: la modestie, l’humilité et le loyer à payer.
Tu vas peut-être penser que la modestie et l’humilité sont similaires. Et bien non!
En fait, la modestie est l’ennemie du musicien pro alors que l’humilité est son alliée, et je vais t’expliquer brièvement pourquoi.

 

La modestie.

Comme disait Honoré de Balzac dans Modeste Mignon (1844), « ce doute intime, que nous traduisons par le mot modestie, anime donc et les traits et la personne ». Il a très bien résumé l’idée que je me fais de la modestie: c’est un doute, une faiblesse, quelque chose de négatif qui se voit sur la personne qui la ressent. Ça influe donc sur l’énergie dégagée par cette personne et donc sur notre propre ressenti à son contact. Il n’y a, à mon sens, rien de positif dans la modestie, au contraire! C’est plutôt, de mon point de vue, un frein, quelque chose qui nous empêche de dévoiler notre vrai potentiel en toute sérénité.

En tant que musicien(ne), tu te dois de t’affirmer. Pourquoi? C’est très simple: il y en a des centaines voire des milliers comme toi, et probablement meilleurs que toi tout autour de toi. Si tu ne te démarques pas, si tu n’es pas sûr de ce que tu vaux, tu vas te faire marcher dessus!

As-tu déjà vu une publicité dont la finalité serait de dire aux consommateurs que le produit ou service ne vaut pas la peine d’être acheté et qu’il ne vaut pas son prix? Et bien pour toi, musicien(ne) professionnel(le), c’est pareil. Tu vends une prestation, que ce soit pour du live, du studio, des cours etc…et cette prestation a de la valeur. Si toi-même tu fais implicitement passer le message que ta prestation ne vaut pas son prix ni même un prix quel qu’il soit, comment veux-tu que d’autres personnes aient envie de te payer pour cette prestation? 

Attention cependant à ne pas t’envoler de fierté et d’orgeuil…
Cela m’amène à mon deuxième point qui est l’humilité, qui va t’empêcher d’avoir un ego surdimensionné tout aussi néfaste que la modestie.

 

L’humilité.

Eh oui, l’ego est l’ennemi du musicien au même titre que la modestie. Pour la même raison qui fait que tu te dois de t’affirmer en tant que musicien(ne), tu te dois également d’avoir de l’humilité et de reconnaître que tu as encore beaucoup à apprendre de tous les musiciens que tu croiseras au cours de ta vie. Même un enfant peut t’apprendre de nouvelles choses, ou une nouvelle façon de voir les choses, ou de créer! En gardant cette vérité à l’esprit, tu évites de te croire au-dessus des autres, quel que soit ton niveau, et tu vibres d’une bonne énergie communicative.

Un jour, j’ai eu la chance de rencontrer le grand Brian Frasier-Moore (Madonna, Justine Timberlake, Usher et bien d’autres) qui m’a donné une belle leçon de vie qui a été un déclic pour moi (mais j’en parlerai dans un autres post en détail). Il m’a dit « sois consciente de tes défauts, travaille dur pour évoluer, mais sois également consciente de ce que tu as à apporter au monde car tu es unique. Tu peux aller loin avec ce que tu as en toi, mais peu importe jusqu’où tu vas, n’oublie jamais d’où tu viens ».

Ces quelques mots résument à eux seuls ce que j’admire chez Brian. Bien qu’il soit l’un des batteurs de session les plus demandés au monde, il garde toujours à l’esprit que rien n’est acquis et qu’il aura toujours à apprendre des autres, que ce soit techniquement, personnellement ou musicalement. C’est ce qui fait, selon moi, sa plus grande qualité et sa force.

L’humilité, si tu as bien compris ce que j’ai voulu dire dans ces quelques lignes, est une façon réaliste de voir ce que tu as à apprendre et ce que tu as à offrir. Grâce à elle, tu vas pouvoir être estimé(e) à ta juste valeur et enfin commencer à être rémunéré(e) à ta juste valeur pour pouvoir ensuite payer ton loyer!

 

Loyer à payer.

Un jour, alors que je demandais, suite à une prise de contact avec un orchestre, quelle était la rémunération pour un projet, mon interlocuteur m’a vivement rétorqué que « si ton seul intérêt est de gagner de l’argent ou une ligne sur ton CV, il vaut mieux chercher autre chose » et qu’il ne désirait plus « inviter de musiciens qui ne viendraient que par opportunisme ». Je suis restée scotchée sur mon siège les premières secondes, avant de réaliser, après quelques recherches, que ce jeune homme qui prônait la passion des musiciens de cet orchestre et leur dévouement total à leur projet était en fait architecte, non pas musicien professionnel.

Je lui ai alors répondu que la musicienne opportuniste que j’étais avait choisi de suivre sa passion pour la musique quitte à vivre avec moins de confort qu’un architecte musicien à ces heures perdues et qu’il me semblait légitime de demander quelle était la rémunération pour son projet, à moins qu’il veuille bien venir me dessiner une maison gratuitement (oui après tout, ce n’est que du dessin, non? C’est un métier, le dessin?? #ironie).

Toi aussi, tu as sûrement eu affaire à ce genre d’individu qui se sent offusqué que tu oses lui demander combien tu serais rémunéré(e) si tu travaillais pour ou avec lui. C’est énervant et surtout révélateur d’une société où être musicien est considéré, bien à tort, comme un hobbie, un petit passe-temps pour le fun, plutôt que comme un vrai métier qui demande de l’énergie, du temps, de l’investissement (beaucoup d’investissement, que ce soit financier ou personnel) et de la persévérance. 

Quand tu vas dans certains pays comme les États-Unis ou le Canada, et que tu dis « je suis batteur », on te dit « ah c’est super, tu bosses en studio? En live? Pour un artiste en particulier? T’es prof? ». En France, on te dit « ah c’est cool! Et t’as un job à côté? »… Pourtant un batteur Français fait le même job qu’un batteur Américain, non?

Alors voilà où je veux en venir: si tu as choisi d’être musicien, tu vas déjà devoir te battre contre ces clichés récalcitrants qui peuvent te faire croire que la voie que tu as choisi de suivre n’est pas sérieuse et n’est pas un avenir pour toi. Alors si en plus tu te mets des bâtons dans les roues tout(e) seul(e) et acceptes d’être sous-estimé(e) et sous-payé(e), effectivement, tu risques de finir par abandonner et aller faire des frites à McDo (si tu n’as pas de diplôme ou d’expérience autre…enfin si tu n’as pas eu de parents qui t’ont dit « fais des études et après tu pourras jouer de la musique quand t’auras le temps et un vrai métier »).

Je n’ai rien contre McDo, j’y ai moi-même travaillé en job étudiant (eh oui…), mais saches que si tu veux vivre de la musique, même en France, c’est POSSIBLE. Oui, tu peux payer ton loyer en faisant des concerts / du studio / des cours. Mais ça ne se fera pas tant que tu auras cette foutue modestie qui te laisse permettre aux autres de ne pas te payer, ou de te payer 30€ le concert.

Alors, en toute humilité, en gardant à l’esprit que tu auras toujours à apprendre dans ta carrière de musicien, affirme-toi et arrête d’accepter qu’on te sous-paie ou qu’on ne te paie pas du tout pour un travail qui n’est pas qu’un hobbie pour toi. Et là, ta vie commencera à être plus facile… Certains te lâcheront car ils ne pourront plus t’exploiter, mais les professionnels, les vrais, viendront plus facilement vers toi car ils verront que tu estimes ton travail et ça leur donnera confiance en toi. Rien de tel que la confiance pour développer de bonnes relations professionnelles!

Alors laisse les parasites courir vers d’autres proies modestes et éclate-toi dans ta vie professionnelle de musicien(ne) qui te permettra enfin de payer ton loyer et bien plus encore!

About the author: Amy

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